Revue de pédagogie et de didactique du français
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La revue Recherches est née dans l’académie de Lille en 1984. Elle est destinée à offrir aux enseignants de français un lieu d’écriture professionnelle - où peuvent se réfléchir les pratiques d’enseignement, se communiquer les innovations et se diffuser les recherches scientifiques qui intéressent la didactique du français.

Le numéro en cours : 55 Brouillons



L'édito
Tout est bon dans le brouillon.
En 1989, l’éditorial du numéro 11 de Recherches, intitulé Brouillons, ratures, notait déjà l’existence de ce « leitmotiv pédagogique de l’enseignant de français : “Il faut faire un brouillon” […] affirmé sur le mode de l’évidence ». C’est que le brouillon, tout brouillon qu’il soit, est un objet étrangement rassurant et consensuel. Il est convoqué dans des discours axiologiquement opposés, qui s’entendent cependant pour poser l’importance du brouillon, tout en justifiant cette nécessité sur des principes très divers. Les programmes de collège de 2008, qui revendiquent des positions pédagogiques traditionnelles posent ainsi la nécessité du brouillon de la 6e à la 3e, mais les programmes de primaire de 2002, qui se voulaient pédagogiquement innovants, considéraient également le brouillon comme un outil indispensable.
Dans le discours traditionnel, le brouillon est le signe du bon élève, celui qui connait la différence entre le sale et le propre, qui montre qu’il a bien travaillé par des traces objectives, qui a des pratiques d’expert – que le professeur n’a pas eu besoin de lui enseigner, ce qui souligne sa belle autonomie –, qui a réfléchi avant d’agir et a su prendre en compte les consignes au lieu de n’en faire qu’à sa tête.
Ces trente dernières années, le brouillon, objet de réflexion de la didactique de l’écriture, s’est trouvé au confluent de champs d’études aussi variés que la génétique textuelle – avec la mise en exergue des « brouillons » d’écrivains – ou la psychologie cognitive – avec notamment la prise en compte des travaux de Hayes et Flowers. Mais lorsqu’il est devenu objet d’enseignement, malgré le fertile bouillonnement théorique dont il était l’objet, cela ne s’est pas fait sans figements ni réductions, et au final, le discours sur l’utilisation du brouillon en classe est resté toujours aussi positif, et également toujours, quoique différemment, moralisant : il faut apprendre aux élèves qu’il y a de bons brouillons et de mauvais brouillons ; bien enseigner le brouillon est le signe du bon pédagogue.

(...)









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